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Houdelette et sa robe blanche.

lundi 21 août 2006, par Vintz

La Tradition nous rapporte que Jésus aimait de temps à autre aller se reposer de ses fatigues apostoliques dans une honorable famille du bourg de Béthanie.

Dans cette maison vivaient fraternellement unies trois personnes : un frère Lazare et deux soeurs Marthe et Marie.

Après la mort de Jésus comme ils l’avaient connu très intime -ment et avaient été les témoins de sa résurrection ainsi que de celle de Lazare, ces trois personnages étaient gênants pour les Juifs.

Par leurs paroles ils ralliaient beaucoup d’adeptes à la religion du Nazaréen.

On décida donc en haut lieu, soit de les supprimer, soit de les exiler. Cette dernière proposition fut retenue et c’est ainsi qu’un jour, les habitants de la maison de Béthanie, furent arrêtés et amenés au port de Joppé.

Ils furent placés dans une barque fort usée qui pourrissait sur la plage, sans gouvernail ni mats et...vogue la galère !

Cette barque pourrie ne prit pas l’eau, poussée par les vents et les flots, elle se glissa entre l’Afrique et 1’Europe, dépassa Rome et vint s’échouer sur une plage non loin de l’endroit où le Rhône vient se jeter dans la mer.

Ainsi, le Christ avait choisi ce moyen maritime pour envoyer ses amis témoigner de sa divinité dans les Gaules. Lazare qui avait reçu le sacerdoce et l’épiscopat des mains des Apôtres, exerçait un ministère fructueux en Provence.

De Marseille en Thiérache il y a loin et pourtant, par l’entremise des troupes, des soldats, des pèlerins, la renommée du saint évêque arriva jusqu’à nous.

On racontait qu’il avait été ressuscité couché trois jours dans la tombe et qu’aujourd’hui bien gaillard et plein de santé, il racontait aux gens de Marseille tout ce qu’il avait vu et appris du Seigneur quand celui-ci venait chez lui se reposer.

Or, il y avait à Neuve Maison en Thiérache une fille si pauvre, qu’on la comparait à Lazare dans son tombeau.

Elle vivait au fond d’un vieux puits desséché. Ayant entendu parler de 1’évêque de Marseille, elle priait la sainte Vierge et Jésus de venir la tirer de cette misérable situation comme il avait autrefois intervenu pour son ami de Béthanie.

Cette fille si pauvre portait le nom de Houdelette.

Un matin qu’elle allait chercher de l’eau à la fontaine, elle y rencontra la Sainte Vierge qui se promenait chez nous.

- Bonjour,Notre Dame, dit Houdelette humblement.

- Bonjour,dit la Vierge, comment cela va-t-il ? Etes vous toujours contente ?

- Merci, Sainte Vierge, ça ne va pas mal et je ne suis pas mécontente mais.... . ’

- Mais quoi ?

- Je serai plus contente si j’avais une petite maison plutôt que de demeurer dans cet affreux puits.

- Soyez sage, vous l’aurez.

Le lendemain en se réveillant Houdelette crut faire un rêve en se trouvant dans une petite maison. Elle se frotta les yeux pour être bien sûre qu’elle ne rêvait pas, puis se levant d’un saut elle se mit à tâter les murs et le plancher de sa chambre, elle parcourut les diffé

rentes pièces du logis, grimpa au grenier, descendit à la cave, mit la tête à la fenêtre et après avoir tout vu en dedans, alla regarder dehors afin de s’assurer que c’était bien une vraie maison, avec ses quatre murs, son toit et ses fondations dans la terre.

Il n’y avait pas de doute possible. C’était une vraie maison, et si gentille, si proprette, si blanche au dedans et en dehors qu’Houdelette ne se sentait plus de joie

Elle vola plutôt qu’elle ne courut à la fontaine et rencontra la Sainte Vierge.

- Bonjour, Sainte Vierge, dit Houdelette, en faisant la révérence.

- Bonjour, Houdelette,êtes-vous contente de votre maison ?

- Qh !Oui, Sainte Vierge, je suis très contente mais....

- Mais quoi ?

- Je serais plus contente encore si j’avais ...quelques poules pour caqueter autour de ma maison et avoir des oeufs à manger les jours maigres.

- Soyez sage, vous les aurez.

Kirikirikiki. On eut dit le son clair d’une trompette.

Houdelette se leva en sursaut.KLrikirikiki,cot,cot,cotctod’âque il y en avait de toutes les couleurs,des blanches, des noires, des jaunes, des rousses, des bigarrées, et au milieu, sur ses pattes nerveuses, la poitrine en avant et la queue fièrement levée trônait le coq à la tête de feu.

Décrire les transports d’Houdelette serait raconter mille folies. Elle sautait le long du chemin et chantait Kirikiki en arrivant à la fontaine où la Vierge se trouvait.

- Bonjour, Notre-Dame.

- Bonjour, Houdelette. Etes vous contente de vos poules ?

- Marci, Sainte Vierge, merci...mais je serais encore plus conte te si pour manger du lard les jours gras, j’avais un petit cochon.

- Soyez toujours bien sage. Vous l’aurez.

Le lendemain, dans une bauge, se trouvait un petit cochon bien gras Il était si gentil qu’Houdelette l’embrassa avant d’aller à la fontaine.

- Bonjour, Notre-Dame.

- Bonjour, Houdelette. Etes vous contente ?

- Oh ! Oui, Notre-Dame, très contente ...mais je le serais encore plus si j’avais une vache pour me donner du bon lait.

- Soyez sage. Vous l’aurez.

Le lendemain un meuglement joyeux partait de dessous ses fenêtres vite elle courut regarder. Et que vit-elle dans un enclos au devant de la maison ? Une jolie vache tachetée avec le pis plein de lait.

Oh ! qu’il était bon le lait qu’Houdelette s’empressa de traire, et qu’elle était jolie la petite vache avec sa robe soyeuse, sa robe blanche et, rouge. Houdelette en fut presque jalouse.

A vrai dire, sa maronne à elle n’était ni soyeuse, ni brillante , aussi fut-ce avec un soupir qu’en arrivant à la fontaine elle dit :

- Bonjour, Notre-Dame.

- Bonjour, Houdelette. Etes vous contente de votre petite vache ?

- Très contente, mais...je serais plus contente encore si...si pour aller aux offices le dimanche j’avais...

- Et bien quoi, Houdelette ?

- Une jolie robe, une maronne blanche .

- Soyez sage, vous l’aurez.

Le lendemain, en ouvrant les yeux, Houdelette aperçut sur une chai se, à côté de son lit, une jolie maronne blanche, et ce n’était pas tout. Des bas fins sur le lit, des souliers vernis au pied du lit, et sur l’oreiller, une petite croix en or. Bref,tout ce que pouvait désirer Houdelette pour aller aux offices le dimanche. Et, comme c’était dimanche ce jour-là, oubliant de faire sa prière pour dire merci, elle se mit, sans perdre un instant, à se parer de ses beaux habits.

Puis, elle prit sa cruche pour aller faire sa provision d’eau.

Elle marchait, se dandinant, levant fièrement la tête, retroussant sa maronne blanche pour mieux montrer ses bas, ses souliers fins.

Des enfants, des filles, tout, émerveillés de la voir si bien parée, la suivirent. Mais, piqués par la jalousie et s’apercevant de la sotte vanité d’Houdelette,ils dirent tout haut de manière à être entendus

" Mais, ce n’est pas Houdelette, c’est madame la châtelaine du village !"

Houdelette flattée, prenant ces paroles pour un compliment, se redressait de plus belle.

Elle arriva ainsi toute fringante et altière à la fontaine où la Sainte Vierge se trouvait.

- Bonjour, Notre-Dame, dit-elle, d’un ton pincé.

- Bonjour, Houdelette, dit la Vierge. Etes vous contente ?

- On ne m’appelle plus Houdelette. On m’appelle Madame la Châtelaine.

Retournez à votre puits, Houdelette, dit une voix sévère.

C’était le Seigneur, il était caché derrière sa mère.

Et sa petite, maison, et ses poules, son cochon et sa petite vache, sa maronne blanche, tout avait disparu.

Houdelette en retournant vers son ancien asile se disait en elle-même :

" Dure leçon, mais je l’ai bien méritée. Il ne fallait pas me montrer si insatiable et surtout si orgueilleuse" car elle venait de retrouver son bon sens avec la pauvreté.

Certes, la leçon était bien dure.

La Sainte Vierge demanda à son Fils une peine moins sévère pour cette enfant sans soutien, sans famille et de nouveau sans toit.

Il accéda de nouveau à la demande de sa Mère, et décida d’envoyer Lazare à cette gamine pour l’absoudre de son orgueil, de sa fringale de richesses ,et pourvoir à sa future situation.

Sur l’ordre du Seigneur, Lazare se mit donc en route pour rejoindre la Thiérache.

Long et pénible voyage, comme il regrettait son bon soleil méditerranéen ; mais la joie d’obéir et d’être le messager de la consolation le soutenait.

Ainsi don, un jour, il arriva sans prévenir au bord du puits où logeait Houdelette.

Il se présenta à elle.

Inutile de vous décrire la joie de la fille.

Elle lui fit une petite place dans son puits, et ce fut un très long dialogue, fait de reproches, d’exhortations et de consolations, Houdelette se confessa pieusement au saint évêque qui, 1’absolution donnée lui dit :

- Te voilà ressuscitée dans ton âme, comme je l’ai été dans mon corps. Ceci fait, voici la décision que j’ai à te transmettre de la part du Seigneur :

- Tu n’auras plus jamais de maison. Il t’est allouée une roulotte Plus de cochon, ni de vache...remplaces par un cheval. Plus de maronne blanche, mais un cotillon bariolé.

Si ça te convient, nous retournerons ensemble avec cet attirail, vers Marseille.

- Oui, oui, saint Lazare, je ne veux plus vous quitter, je serai ; si heureuse d’être la servante de vos soeurs.

Dans ce cas....il claqua dans ses mains, et sous les yeux amer -veillés d’Houdelette, la roulotte tirée par un cheval débouchait du coin d’une rue.

Houdelette sauta à 1’intérieur, elle trouva un trousseau, s’en revêtit bien vite car elle était en guenilles et s’installa dans sa nouvelle demeure pour une vie de bohème.

Lazare prit les rênes du cheval, s’installa en s’asseyant sur le timon, les reins calés sur la roulotte, desserra les freins et cria :

- Hue ! ..Les premiers bohémiens de Thiérache partaient poux les Saintes Maries de la Mer .

Depuis lors, les habitants de neuve Maison sont surnommés"Les Blanches Maronnes".

Saint Lazare est patron de l’église en souvenir de son pélerinage en cette paroisse, et il n’est pas rare de voir la bohême passer’ en roulotte tirée par un cheval fourbu...

C’est celui de Houdelette et de Lazare qui partit autrefois, vers le soleil de Provence.

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